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mlav.land | à propos

idéologie

"Tout ce qui sort d’une bouche humaine est, par définition, douteux. Car, dans ce composé des passions et de raison que nous sommes, toujours les passions dominent ; et que pèsera la fragile vérité en face de l’amour et de la haine, de l’appétit et de l’envie, de la crainte et de l’espoir ? Ce qui, pour Bossuet, est le pire dérèglement de l’esprit, à savoir de « croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient », est, hélas, la règle de l’esprit humain. Aucune précellence intellectuelle ne garantit contre l’aveuglement du désir."

ROSTAND Jean, 1942. Hommes de vérité. Tome 1 : Pasteur, Claude Bernard, Fontenelle, La Rochefoucauld. Paris : Stock.



Une idéologie est un système prédéfini d’idées à partir desquelles la réalité est analysée. L’idéologie néolibérale s’apparente à une mythologie contemporaine. Prétendant être naturelle en prenant racine dans un récit artificiel. La mythologie contemporaine prend racine dans l’idéologie moderne, fondée sur une dichotomie entre l’Homme et la Nature. Cette dualité se dissout progressivement, et laisse apparaître des nuances.

hypernormalisation tv

L’image est devenue le lieu de diffusion de la réalité. Elle a progressivement évolué de la télévision, du mass media, à l’image amateur, filmée par n’importe qui, n’importe où. Ce permanent archivage du présent prend le pas sur la réalité, en déployant un système de "preuves". L’image vive, directe, existe aujourd’hui grâce aux avancées technologiques et à leur diffusion. Il est important de noter que ce lien entre idéologie, et technologie est direct : la réalité venant s’appuyer directement sur ces fondements technologiques.

Le terme de “post-vérité” émerge dans un milieu où l’image vient influencer la perception du spectateur. Elle apparaît comme une preuve irréfutable, un outil qui permet de se forger son opinion propre selon une donnée brute. Face à une surabondance de ces images et de ces informations, aux auteurs multipliés, aux discours contradictoires qu’ils peuvent porter, le mécanisme d’assimilation qui se met en place est celui d’une croyance selon ses propres connaissances et surtout selon ses propres émotions. C’est ce qui définit la post-vérité : les faits objectifs ont moins d’importance pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et à l’opinion personnelle1.

1 : “Post-truth” est entré selon cette définition dans le dictionnaire d’Oxford en 2016.

"En vertu de l’identité dramatique des dynamismes, une perception est comme une particule: une perception actuelle s’entoure d’une nébulosité d’images virtuelles qui se distribuent sur des circuits mouvants de plus en plus éloignés, de plus en plus larges, qui se font et se défont."2





2 : DELEUZE Gilles, 1995. L’actuel et le virtuel, in Dialogues (Gilles Deleuze, Claire Parnet, 1996). Paris : Flammarion, pp. 179-185.

Le mot même d’idéologie a perdu de son sens, associé le plus souvent à un raisonnement aux idées creuses, vagues, coupées du réel. C’est précisément la question que nous voulons poser. À quel réel faisons-nous face ? La réalité semble s’opérer en chacun de nous, selon des subjectivités que nous aborderons par la suite. Les systèmes d’explications et d’analyses de la réalité, sont aujourd’hui en état de complète déconstruction.

lo and behold





La dichotomie Homme-Nature héritée du modernisme ne suffit pas à appréhender ce nouveau modèle. La catégorisation des éléments du réel devrait s’effectuer selon des hybridations, des états qui transcendent l’humain, la machine, la nature, pour apporter un raisonnement plus juste au sein de ce brouhaha contemporain.





Nous avons en introduction décliné un certain nombre de questions, parmi lesquelles : l’humain est-il une machine ? La machine est-elle une sous-partie de l’humain ? Nous sommes aujourd’hui à un état d’hybridation, de dilution, entre l’humain et la machine. Et l’outil numérique, sa diffusion, son instantanéité, à pris le pas sur notre réalité. La caractère ubiquitaire de la machine computationnelle, son insertion au coeur des sphères publiques et privées, correspond paradoxalement à une soif de réalité, un désir d’exhaustivité de la part de sociétés pour lesquelles le quotidien est rythmé par l’espace banal et homogène d’un capitalisme abstrait.





"Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux."3

3 : DEBORD Guy, 1967. La Société du Spectacle. Paris : Folio, p. 103.


 

capitalisme tue